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Minerais critiques : pour de nouveaux partenariats au service de la transition
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Lithium, cobalt, nickel, terres rares… Ces minerais, devenus indispensables aux batteries, aux éoliennes ou aux véhicules électriques, soulèvent des questions de souveraineté industrielle et de transition énergétique, sur fond de tensions internationales. Une conférence du groupe AFD, organisée en marge de la filière Commerce du G7, a permis d’identifier plusieurs pistes d’action.
Les derniers chiffres de l’Agence internationale de l’énergie confirment une tendance lourde : la demande de lithium a augmenté de près de 30 % en 2024, tandis que celle de nickel, cobalt, graphite et terres rares progressait de 6 à 8 %. Si les besoins augmentent, c’est parce que ces minerais sont indispensables à des secteurs stratégiques (numérique, défense, transports…) et essentiels à la transition énergétique : le lithium sert aux batteries, le cuivre aux réseaux électriques, les terres rares aux moteurs électriques ou aux éoliennes.
Des dépendances commerciales accrues
Or, ces minerais sont difficiles à remplacer, à extraire ou à obtenir sur le marché : les filières ne sont pas encore toutes structurées, tandis que certains pays producteurs ont restreint leurs exportations dans un contexte de rivalité entre puissances. La décision temporaire de la Chine d’interdire l’exportation de gallium vers les États-Unis fin 2024 illustre ce double enjeu commercial et géopolitique.
Pour sécuriser leurs approvisionnements dans ce contexte incertain et volatil, les pays consommateurs s’organisent. La France dispose depuis 2022 d’une délégation interministérielle en charge du sujet, la DIAMMS. L’Union européenne s’est quant à elle dotée du Critical Raw Materials Act, qui fixe pour 2030, entre autres objectifs, un plafond de dépendance de 65 % vis-à-vis d’un seul pays tiers pour chaque matière stratégique.
Au-delà de l’extraction, construire des filières
Cette sécurité d’approvisionnement doit être pensée tout au long de la chaîne de valeur : pour un pays consommateur, sécuriser une mine ou diversifier ses fournisseurs de minerais bruts ne fait pas disparaître la dépendance si le raffinage, la séparation et la transformation des composants restent concentrés dans un seul pays.
Quant aux pays riches en minerais, l’écueil est d’être limité à la production de matières brutes, les laissant vulnérables aux variations des cours mondiaux et sans marge de manœuvre pour diversifier leur économie. Le République démocratique du Congo concentre une part majeure des réserves mondiales de cobalt mais ne capte encore qu’une fraction de la valeur créée. La Bolivie dispose de ressources considérables en lithium, mais doit concilier développement industriel, protection de l’eau et respect des populations locales.
Écouter le podcast Grandes lignes
L’enjeu de développer des chaînes de valeur est donc stratégique, mais entre l’idée prometteuse et l’usine en fonctionnement, les projets miniers nécessitent des investissements importants, alors même que les revenus futurs et que l’aval industriel sont incertains.
Lire le papier de recherche (en anglais)
Financer autrement les projets miniers risqués
C’est là que les banques publiques de développement (BPD) et les institutions financières internationales peuvent jouer un rôle, en réduisant les risques que les acteurs privés supportent mal seuls (longue durée, incertitude technologique, instabilité des prix…). Outre leur valeur ajoutée dans la structuration financière des projets, elles mobilisent de l’expertise et promeuvent des standards environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) exigeants. En minimisant les impacts négatifs de l’activité minière, tout en encourageant la maximisation des bénéfices pour les communautés locales et le partage de la valeur, elles jouent leur rôle de promotion des Objectifs de développement durable (ODD) tout en créant les conditions de réussite des projets à long terme.
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C’est dans cette logique que le groupe AFD s’est réengagé dans le secteur, autour de quatre axes d’intervention : infrastructures durables, gouvernance, appui aux chaînes de valeur et financement de projets d’extraction et de transformation.
Toutefois, résoudre la question du financement ne suffira pas si les acheteurs industriels ne s’engagent pas à payer un peu plus cher pour une matière produite de façon traçable et diversifiée. Sans cet engagement de long terme, les projets visant à déconcentrer la production mondiale de minerais critiques et à construire des filières responsables restent difficiles à rentabiliser.
Vers de nouveaux partenariats miniers
Pour l’Europe, de nouveaux partenariats restent donc à construire : des partenariats où les pays producteurs créeront davantage de valeur localement, où les standards sociaux et environnementaux seront applicables et financés, et où les industriels européens accepteront de payer le prix d’une moindre dépendance.
Cela passera par un dialogue politique et technique avec les producteurs, l’élaboration conjointe de projets pilotes de chaînes de valeur responsables et le renforcement du recyclage et de la traçabilité. Il faudra pour cela cartographier précisément les chaînes de valeur par minerai, au-delà de la localisation des matières brutes, et identifier les façons dont les pays producteurs pourraient en remonter les étapes (structure de propriété, partage de la rente, politiques fiscales…). Cela implique aussi de lier extraction et conditions sociales locales d’une transition juste.
En pratique, c’est la combinaison de garanties d’achat à long terme, de financements publics, de transfert de technologies, de formation et de transformation locale qui pourront permettre aux pays producteurs de devenir plus que de simples exportateurs de minerai brut. Une logique qui rejoint les recommandations du T7, le groupe d’engagement des think tanks auprès du G7.
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Publié le 22 avril 2026